Je l’avoue : Toute la famille rejette ma belle-fille. Mon fils m’a dit qu’il ne veut plus rien avoir à faire avec nous. J’espère qu’ils divorceront bientôt.

« Tu ne comprends vraiment rien, maman ! » La voix de Julien résonne encore dans ma tête, tranchante, pleine d’une colère que je n’avais jamais entendue chez lui. Nous étions tous réunis dans la salle à manger, ce samedi soir, comme à notre habitude. La table était dressée avec soin, les verres à pied alignés, le rôti fumant au centre. Mais ce soir-là, tout a basculé.

Camille, sa femme depuis deux ans, était assise à côté de lui. Elle avait ce sourire crispé qu’elle arbore toujours lors de nos réunions. Ma sœur Hélène chuchotait déjà à l’oreille de mon mari, Bernard : « Regarde comment elle s’habille… On dirait qu’elle va à un enterrement ! » J’ai détourné les yeux, gênée mais incapable de défendre Camille. Je n’ai jamais su comment l’accepter.

Tout a commencé il y a trois ans. Julien nous a annoncé qu’il avait rencontré quelqu’un. Nous étions ravis pour lui. Mais dès la première rencontre, quelque chose clochait. Camille était réservée, presque froide. Elle ne riait pas à nos blagues, ne participait pas aux discussions animées sur la politique ou le dernier match du PSG. Elle semblait ailleurs, comme si elle jugeait tout ce que nous disions.

Au fil des mois, la distance s’est creusée. Camille ne venait plus aux anniversaires, prétextant toujours une migraine ou un dossier urgent à finir pour son travail d’avocate. Julien s’éloignait aussi. Il passait moins de temps avec nous, refusait nos invitations. Un soir, il m’a appelée : « Maman, arrêtez de critiquer Camille. Elle fait des efforts, mais vous ne la laissez pas entrer dans la famille. » J’ai senti mon cœur se serrer.

Mais comment faire ? Toute la famille était unanime : Camille n’était pas faite pour Julien. Ma mère disait : « Elle n’a pas l’esprit de famille. Elle va finir par l’éloigner de nous. » Même mon frère Paul, d’habitude si tolérant, murmurait : « Il mérite mieux… » J’ai commencé à espérer qu’ils se séparent.

Le point de rupture est arrivé ce fameux samedi soir. Camille avait accepté de venir pour l’anniversaire de Bernard. Tout le monde était tendu. Hélène a lancé une remarque sur le fait que Camille ne mangeait pas de viande : « Encore une lubie bobo ? » Camille a rougi mais n’a rien dit. Julien a serré sa main sous la table.

Après le dessert, alors que tout le monde parlait fort, Bernard a demandé à Camille pourquoi elle ne voulait jamais partir en vacances avec nous en Bretagne. Elle a répondu calmement : « Je préfère passer du temps avec mes parents ou voyager seule parfois. » Silence glacial. Ma mère a lâché : « Eh bien, tu n’es pas très famille ! »

Julien s’est levé brusquement : « Ça suffit ! Vous ne la respectez jamais ! Vous ne cherchez même pas à la connaître ! » Il tremblait de rage. Je me suis levée aussi, tentant de calmer le jeu : « Julien, on veut juste ton bonheur… » Mais il m’a coupée : « Non maman, vous voulez juste que je sois comme vous le souhaitez ! Je n’en peux plus ! »

Ils sont partis sans un mot de plus. Depuis ce soir-là, Julien ne répond plus à mes appels. Il a même quitté le groupe WhatsApp familial. Bernard dit que ça lui passera, mais moi je sens que quelque chose s’est brisé.

Je me demande souvent si c’est moi qui ai tout gâché. Est-ce notre intolérance qui a poussé Julien à s’éloigner ? Ou bien est-ce Camille qui l’a changé ? Parfois je me surprends à espérer qu’ils divorcent pour retrouver mon fils comme avant… Mais au fond de moi, j’ai peur d’avoir perdu Julien pour toujours.

Est-ce que c’est ça, aimer son enfant ? Vouloir le meilleur pour lui… ou simplement vouloir qu’il reste comme on l’a toujours connu ? Ai-je été une mauvaise mère ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?