Mariage sur la Côte d’Azur : Le combat de Camille entre douleur, amour et préjugés
« Tu es sûre de vouloir faire ça, Camille ? » La voix de ma mère tremble, presque inaudible sous le vacarme des vagues qui s’écrasent sur les rochers. Je sens ses mains glacées sur mes épaules, hésitantes, comme si elle voulait me retenir une dernière fois avant que je ne bascule dans l’inconnu. Je ferme les yeux un instant, cherchant dans ma poitrine ce courage qui m’a portée jusqu’ici.
Le soleil descend lentement derrière les pins parasols, dorant la plage privée où tout le monde m’attend. Je suis assise dans mon fauteuil roulant, ma robe blanche soigneusement arrangée pour cacher mes jambes inertes. Autour de moi, les murmures s’intensifient : certains invités détournent le regard, d’autres me fixent avec une compassion gênée. Je devine ce qu’ils pensent : « Quelle tragédie… Une si belle fille… »
Je serre la main d’Antoine, mon fiancé, qui s’agenouille à côté de moi. Ses yeux bleus brillent d’une tendresse farouche. « Camille, tu es prête ? » souffle-t-il. Je hoche la tête, incapable de parler tant l’émotion me serre la gorge.
Tout a basculé il y a deux ans. Un samedi soir banal sur la route du retour à Nice, un chauffard ivre, un choc brutal. Je me souviens du hurlement des freins, du verre brisé, puis du silence assourdissant à l’hôpital. Quand j’ai compris que je ne marcherais plus jamais, j’ai cru que ma vie était finie. Ma mère s’est effondrée ; mon père s’est muré dans un silence glacial. Mon frère Julien n’est même pas venu me voir pendant des semaines.
Les premiers mois ont été un enfer. Les regards dans la rue, les amis qui disparaissent peu à peu, les médecins qui parlent de « réadaptation » comme d’un miracle impossible. J’ai hurlé contre tout le monde – contre moi-même surtout. Mais Antoine est resté. Il venait chaque jour, m’apportait des fleurs ou des romans policiers, me racontait les potins du quartier pour me faire sourire.
Un soir d’hiver, alors que je pleurais dans mon lit d’hôpital, il m’a pris la main : « Camille, je t’aime. Pas malgré ton accident. Avec tout ce que tu es devenue. » J’ai cru qu’il se moquait de moi. Mais il a tenu bon.
Quand il m’a demandé en mariage six mois plus tard, ma mère a éclaté en sanglots : « Tu ne peux pas lui imposer ça ! Il est jeune, il mérite une vie normale ! » Mon père a refusé de parler d’Antoine pendant des semaines. Même certains amis ont tenté de me dissuader : « Tu ne veux pas attendre ? Peut-être qu’un jour… »
Mais moi, j’avais compris que l’amour n’a rien à voir avec la normalité.
Aujourd’hui, alors que je m’avance lentement vers l’autel improvisé sur la plage, portée par le regard fier d’Antoine et les applaudissements timides des invités, je sens mon cœur battre à tout rompre. Ma mère pleure en silence ; mon père détourne les yeux. Julien s’approche enfin et glisse à mon oreille : « Tu es magnifique, petite sœur. »
Le prêtre commence la cérémonie. Sa voix grave résonne entre les falaises et la mer. « Camille, veux-tu prendre Antoine pour époux ? »
Je prends une grande inspiration. « Oui », dis-je d’une voix claire qui surprend même ma mère.
Antoine sourit et essuie une larme sur ma joue. « Moi aussi, je le veux », murmure-t-il.
Les applaudissements éclatent enfin ; certains invités se lèvent pour venir nous embrasser. Mais je vois encore dans quelques regards une gêne persistante – celle qui juge, qui doute de notre bonheur possible.
Plus tard, lors du dîner sous les guirlandes lumineuses, ma mère s’approche timidement. « Camille… Je suis désolée pour tout ce que j’ai dit. J’avais peur pour toi… et pour moi aussi. »
Je prends sa main : « Maman, je ne suis pas brisée. Je suis différente, c’est tout. »
Mon père finit par lever son verre : « À Camille et Antoine ! Que leur amour soit plus fort que tous nos préjugés ! »
La soirée se poursuit dans une chaleur inattendue. Les enfants courent sur le sable ; mes amis rient à nouveau avec moi ; Antoine danse maladroitement autour de mon fauteuil en chantant du Charles Aznavour.
Mais au fond de moi subsiste une question lancinante : combien de temps faudra-t-il encore pour que la société accepte vraiment ceux qui sont différents ? Est-ce à nous seuls de prouver chaque jour que l’amour n’a pas de frontières ?
Et vous… qu’auriez-vous fait à ma place ?