L’accouchement qui a brisé mon cœur : Quand mon mari m’a blessée au lieu de me soutenir
« Tu exagères, Claire, franchement ! Ce n’est pas si terrible, arrête de faire ta victime ! »
La voix de Laurent résonne encore dans ma tête, froide et tranchante, alors que je suis allongée sur ce lit d’hôpital, le souffle court, les larmes aux yeux. Je serre la main sur le drap, tentant de contenir la douleur qui me traverse le corps et le cœur. Autour de moi, les bruits sourds de la maternité de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, les pas précipités des sages-femmes, les cris étouffés d’autres femmes qui, elles aussi, donnent la vie. Mais moi, je me sens terriblement seule.
Je n’aurais jamais cru que ce jour-là, celui où j’allais devenir mère pour la première fois, serait aussi le jour où je me sentirais la plus vulnérable et la plus humiliée. Depuis des mois, j’imaginais Laurent à mes côtés, me tenant la main, m’encourageant d’un sourire ou d’un mot doux. Mais il n’a rien fait de tout cela. Il est resté debout, les bras croisés, l’air agacé, comme si ma douleur était une gêne, comme si je lui faisais honte.
« Tu n’es pas la première à accoucher, Claire. Ma mère a eu trois enfants sans jamais se plaindre ! »
J’ai voulu lui répondre, lui crier que chaque femme vit cette épreuve différemment, que j’avais besoin de lui. Mais les mots sont restés coincés dans ma gorge. J’avais peur qu’il me rejette encore plus. Alors j’ai encaissé. J’ai serré les dents. J’ai pleuré en silence.
Quand Paul est né, tout le monde s’est extasié sur sa beauté. Les infirmières m’ont félicitée, mais Laurent a juste pris une photo rapide avec son téléphone avant de s’asseoir dans un coin de la chambre pour répondre à ses mails professionnels. J’aurais voulu qu’il vienne près de moi, qu’il m’embrasse sur le front, qu’il me dise « merci » ou « bravo ». Mais il n’a rien dit.
Les jours suivants ont été un calvaire. À la maison, entre les couches à changer et les nuits blanches, Laurent ne faisait que critiquer :
— Tu ne sais pas t’y prendre avec Paul !
— Tu es trop émotive, tu vas le rendre anxieux.
— Franchement, tu pourrais faire un effort pour t’occuper un peu de la maison.
J’avais l’impression d’être invisible. Ma propre mère, Monique, venait parfois m’aider mais elle ne comprenait pas non plus ce que je vivais :
— Tu sais, Claire, les hommes ne sont pas très doués pour exprimer leurs émotions… Il faut être patiente.
Mais combien de temps faut-il être patiente ? Combien de temps doit-on supporter d’être rabaissée par l’homme qu’on aime ?
Un soir, alors que Paul pleurait sans s’arrêter et que je n’en pouvais plus, j’ai craqué. J’ai posé mon fils dans son berceau et je suis allée retrouver Laurent dans le salon.
— J’ai besoin de toi, Laurent. J’ai besoin que tu sois là pour moi…
Il a levé les yeux de son ordinateur :
— Tu dramatises tout ! Je travaille moi aussi ! Tu crois que c’est facile pour moi ?
J’ai senti une colère sourde monter en moi. Pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas baissé les yeux.
— Ce n’est pas une compétition ! Je ne te demande pas de tout faire à ma place… Juste d’être là. De me soutenir. De me respecter.
Il a soupiré bruyamment et s’est levé :
— Je vais dormir chez mon frère ce soir. J’ai besoin de calme.
La porte a claqué derrière lui. Je suis restée seule avec Paul qui pleurait toujours. Cette nuit-là, j’ai compris que quelque chose devait changer. Que je ne pouvais plus continuer ainsi.
Les semaines suivantes ont été un mélange de solitude et de réflexion. J’ai commencé à écrire dans un carnet tout ce que je ressentais. J’ai lu des témoignages sur des forums de mamans françaises qui vivaient la même chose : l’absence émotionnelle du conjoint après la naissance d’un enfant. J’ai compris que je n’étais pas seule.
Un jour, j’ai pris rendez-vous avec une psychologue à la PMI du quartier. Elle m’a écoutée sans juger et m’a aidée à mettre des mots sur ce que je vivais : la violence psychologique ordinaire dans le couple, celle qui ne laisse pas de traces visibles mais qui détruit à petit feu.
Petit à petit, j’ai repris confiance en moi. J’ai appris à poser des limites à Laurent. À lui dire non quand il dépassait les bornes. À demander de l’aide à mes amis quand j’en avais besoin. Et surtout, à ne plus avoir honte de parler de ce que je vivais.
Laurent a mis du temps à comprendre. Il a résisté, nié ses torts, tenté de me culpabiliser. Mais je n’ai pas cédé. Un soir, alors qu’il rentrait tard du travail et que Paul dormait enfin paisiblement dans sa chambre décorée par mes soins avec des étoiles phosphorescentes au plafond, il m’a trouvée assise dans la cuisine.
— Claire… Je crois qu’on doit parler.
Pour la première fois depuis des mois, il avait l’air sincère. Il s’est excusé maladroitement pour son comportement pendant l’accouchement et après. Il a reconnu qu’il avait eu peur lui aussi, qu’il ne savait pas comment gérer ses émotions et qu’il s’était réfugié dans le travail pour fuir ses responsabilités familiales.
Je ne lui ai pas pardonné tout de suite. Il a fallu du temps pour reconstruire la confiance entre nous. Nous avons commencé une thérapie de couple chez une conseillère familiale du 11ème arrondissement. Nous avons appris à communiquer autrement, à exprimer nos besoins sans nous blesser mutuellement.
Aujourd’hui encore, il y a des hauts et des bas. Mais je sais maintenant que ma voix compte. Que je mérite d’être respectée et soutenue. Que devenir mère ne signifie pas s’effacer derrière les attentes des autres.
Parfois je me demande : combien d’autres femmes vivent cela en silence ? Combien osent parler ? Et vous… avez-vous déjà ressenti cette solitude au moment où vous aviez le plus besoin d’être aimée ?