« J’ai perdu la foi en toi » : Une nuit, un doute, et cinq ans d’amour brisés

« Tu rentres tard, encore ? » Ma voix tremble à peine, mais je sens déjà la colère sourdre sous la fatigue. Julien pose son sac dans l’entrée, évite mon regard. Il marmonne un « J’ai eu une réunion qui a traîné », mais je n’y crois plus. Pas ce soir. Pas après ce que j’ai entendu.

C’était hier. Je n’aurais jamais dû écouter à la porte de la salle de bain, mais le téléphone vibrait sans cesse et sa voix était basse, presque coupable. « Non, je ne peux pas ce soir… Oui, elle est là… Je t’appelle demain. » Un silence. Puis un rire étouffé. Mon cœur s’est serré. J’ai reculé, honteuse de mon geste mais incapable d’ignorer ce que je venais d’entendre.

Depuis cinq ans, Julien et moi partageons tout : un petit appartement à Nantes, des vacances en Bretagne, des soirées Netflix sous la couette. Mais depuis quelques mois, quelque chose s’est fissuré. Il rentre plus tard, son sourire est moins franc, et moi… moi je me surprends à douter, à fouiller dans ses poches, à guetter le moindre message sur son portable.

Ce soir-là, après le dîner, je n’en peux plus. Je pose ma fourchette, le regarde droit dans les yeux :
— Dis-moi la vérité. Tu vois quelqu’un d’autre ?
Il sursaute, lâche sa serviette. « Quoi ? Mais non ! Tu te fais des films, Camille ! »
Mais il ne me regarde pas vraiment. Il fuit mon regard comme on fuit une évidence trop douloureuse.

La dispute éclate. Les mots volent plus vite que les assiettes. Je lui reproche ses absences, il m’accuse de paranoïa. Je crie que je l’aime trop pour supporter l’indifférence. Il me répond qu’il étouffe sous mes soupçons.

— Tu sais quoi ? Va chez ta mère si tu veux respirer !
La phrase m’échappe. Elle claque dans l’air comme un coup de fouet. Julien se lève brusquement, attrape son manteau et claque la porte derrière lui.

Je reste seule dans la cuisine, les mains tremblantes. Les souvenirs affluent : notre premier baiser sur les quais de la Loire, les fous rires au marché de Talensac, les promesses murmurées à la lumière des bougies. Tout cela pour finir ainsi ?

Le lendemain matin, je reçois un message de ma mère : « Tu viens déjeuner dimanche ? Ton père demande de tes nouvelles. » Je souris tristement. Mes parents n’ont jamais vraiment accepté Julien. Trop différent, trop artiste, pas assez stable à leur goût. Ils m’ont souvent dit que je méritais mieux. Et si… Et si j’avais eu tort de leur tenir tête ?

Je passe la journée à errer dans l’appartement vide. J’ouvre les tiroirs de Julien : des carnets de croquis, des tickets de concerts, une vieille photo de nous deux à Belle-Île-en-Mer. Je tombe sur une lettre jamais envoyée : « Camille, parfois j’ai peur de ne pas être à la hauteur… » Les larmes montent.

Le soir venu, il rentre enfin. Son visage est fermé.
— On doit parler.
Je hoche la tête.

Il s’assoit en face de moi.
— Camille… Je t’aime, mais je crois qu’on s’est perdus en chemin. Je ne vois personne d’autre, mais je me sens seul avec toi depuis des mois.
Je le coupe :
— Pourquoi tu ne m’as rien dit ? Pourquoi tu m’as laissée m’enfoncer dans mes doutes ?
Il hausse les épaules.
— Parce que j’avais peur de te blesser… ou d’admettre que ça n’allait plus.

Un silence lourd s’installe. Je sens que tout s’effondre en moi.
— Alors quoi ? On arrête tout ? Cinq ans pour rien ?
Il prend ma main :
— Ce n’est pas pour rien… Mais on ne peut pas continuer comme ça.

Je me lève brusquement et pars dans la chambre. Je m’effondre sur le lit, secouée de sanglots. Je repense à toutes ces années où j’ai cru que l’amour suffisait à tout réparer. Mais quand la confiance se brise… peut-on vraiment recoller les morceaux ?

Le lendemain matin, Julien a déjà fait sa valise. Il me laisse un mot sur la table : « Je t’aimerai toujours à ma façon. Prends soin de toi. »

Je reste seule avec mes regrets et mes questions sans réponse. Ma mère m’appelle encore : « Tu devrais rentrer quelques jours à la maison… » Mais je ne veux pas fuir. Pas encore.

Les jours passent, vides et lourds. Je croise nos amis communs au marché ; ils évitent mon regard ou me demandent des nouvelles d’un air gêné. Je mens : « Ça va… » Mais rien ne va.

Un soir, je retrouve une amie d’enfance, Claire, au café du coin.
— Tu sais Camille… Parfois il vaut mieux tout perdre que de vivre dans le doute.
Je souris tristement.
— Mais comment on fait pour recommencer quand on n’a plus confiance en rien ni en personne ?
Claire me serre la main.
— On apprend à se faire confiance à soi-même d’abord.

En rentrant chez moi ce soir-là, je regarde les lumières de la ville par la fenêtre et je me demande : Est-ce que l’amour peut survivre à la trahison du doute ? Est-ce qu’on peut vraiment tout reconstruire quand on a perdu la foi en l’autre… et en soi-même ?