« Un seul petit-enfant, c’est suffisant ! » : Le jour où ma belle-mère a brisé mon cœur
« Tu n’aurais pas dû tomber enceinte. Un seul petit-enfant, c’est suffisant ! »
La voix de ma belle-mère, Monique, résonne encore dans ma tête comme un écho douloureux. Ce soir-là, dans la cuisine de notre appartement à Nantes, je venais d’annoncer à mon mari, Julien, et à sa mère que j’étais enceinte. J’avais imaginé des larmes de joie, des embrassades maladroites, peut-être même un sourire sincère de cette femme qui n’a jamais vraiment accepté mon existence. Mais à la place, j’ai reçu cette phrase, froide et tranchante comme une lame.
Julien s’est figé, la main serrée sur sa tasse de café. Il n’a rien dit. Monique, elle, a croisé les bras sur sa poitrine, le regard dur. « Tu sais très bien que Julien a déjà un fils avec Élodie. Pourquoi vouloir compliquer les choses ? »
Je me suis sentie minuscule. J’ai regardé Julien, cherchant du soutien dans ses yeux noisette, mais il fixait le carrelage. Mon cœur battait si fort que j’avais l’impression qu’il allait exploser. Je me suis levée brusquement, la chaise raclant le sol. « Je ne pensais pas que donner la vie pouvait être une faute », ai-je murmuré avant de quitter la pièce.
Dans la chambre, je me suis effondrée sur le lit. Les souvenirs ont défilé : notre rencontre dans ce café du centre-ville, nos promenades sur les bords de l’Erdre, nos projets de famille… Et puis l’ombre d’Élodie, son ex-femme, toujours présente dans les conversations de Monique. Depuis le début, j’avais compris que je n’étais qu’une pièce rapportée.
Julien m’a rejointe plus tard. Il s’est assis au bord du lit sans me toucher. « Tu sais comment elle est… Elle ne changera pas. »
« Mais toi ? » ai-je demandé d’une voix tremblante. « Tu veux vraiment de cet enfant ? »
Il a soupiré longuement. « Je t’aime, Camille. Mais… je ne veux pas perdre Arthur non plus. Ma mère pense qu’un autre enfant va tout compliquer avec Élodie et Arthur. »
J’ai senti la colère monter en moi. « Et moi alors ? Et ce bébé ? On compte pour du beurre ? »
Il n’a pas répondu. La nuit est tombée sur notre silence.
Les jours suivants ont été un supplice. Monique a continué à venir chez nous sous prétexte d’aider Julien à monter une étagère ou de déposer des plats cuisinés. À chaque fois, elle lançait des piques : « Tu devrais penser à Arthur avant de bouleverser sa vie », ou « Les familles recomposées, c’est toujours compliqué… »
J’ai commencé à douter de moi-même. Peut-être qu’elle avait raison ? Peut-être que je n’étais qu’un obstacle entre Julien et son fils ? Mais chaque matin, quand je posais la main sur mon ventre, je sentais une force nouvelle grandir en moi.
Un dimanche matin, alors que Julien était parti chercher Arthur pour le week-end, Monique est arrivée sans prévenir. Elle s’est installée dans le salon comme si elle était chez elle.
« Camille, il faut être raisonnable », a-t-elle commencé. « Julien a déjà beaucoup souffert avec son divorce. Il n’a pas besoin d’un autre enfant dans sa vie. Et Arthur non plus. »
Je l’ai regardée droit dans les yeux pour la première fois depuis longtemps. « Ce bébé n’est pas un accident ni un caprice. C’est notre choix à Julien et moi. Vous n’avez pas à décider pour nous. »
Elle a haussé les épaules avec mépris. « Tu verras bien quand Julien se lassera de cette situation… »
Ce jour-là, j’ai pris une décision : je ne laisserai plus Monique entrer chez nous sans y être invitée.
Le soir venu, j’ai tout raconté à Julien. Il s’est énervé : « Tu exagères ! Ma mère veut juste nous protéger ! »
« Non », ai-je répondu calmement. « Elle veut te garder pour elle seule et effacer tout ce qui ne vient pas d’Élodie et d’Arthur. »
Le ton est monté. Pour la première fois depuis le début de notre histoire, j’ai vu dans ses yeux une peur panique : celle de devoir choisir entre sa mère et moi.
Les semaines ont passé dans une tension insupportable. Je faisais semblant d’aller bien au travail – je suis institutrice en maternelle – mais chaque soir je rentrais chez moi avec la boule au ventre.
Un soir d’avril, alors que je rentrais plus tôt que prévu, j’ai surpris une conversation entre Julien et sa mère au téléphone :
« Je ne peux pas la quitter maintenant… Oui maman… Non maman… Je sais que tu veux le meilleur pour moi… »
J’ai claqué la porte du salon pour signaler ma présence. Julien a sursauté.
« Tu parlais encore de moi ? »
Il a bafouillé : « Non… enfin si… C’est compliqué… »
J’ai éclaté en sanglots : « Je ne veux plus vivre comme ça ! Si tu ne peux pas me soutenir face à ta mère, alors je préfère partir ! »
Il m’a regardée avec des yeux pleins de larmes : « Je t’en supplie Camille… Donne-moi du temps… »
Mais le temps n’a rien arrangé.
Le jour où j’ai accouché d’Anaïs – seule à la maternité car Julien devait « gérer Arthur » – j’ai compris que je ne pourrais jamais compter sur lui tant qu’il resterait sous l’emprise de sa mère.
Aujourd’hui, Anaïs a six mois. Je vis seule avec elle dans un petit appartement à Rezé. Julien vient parfois la voir mais il repart toujours avant la nuit tombée – il doit ramener Arthur chez Élodie ou dîner chez sa mère.
Parfois je me demande : pourquoi certaines familles refusent-elles d’accueillir un nouvel enfant ? Pourquoi l’amour doit-il être compté comme s’il y avait une limite ? Est-ce vraiment ça, la famille en France aujourd’hui ? Qu’en pensez-vous ?