Quand ma mère a arraché le masque à oxygène de ma fille mourante – et comment la vérité a tout bouleversé
« Non, maman, arrête ! » Ma voix a résonné dans la chambre blanche, froide, où le bip régulier du moniteur cardiaque rythmait la lente agonie de ma petite Camille. Ma mère, Françoise, se tenait debout, les mains crispées sur le masque à oxygène de ma fille. J’ai bondi de ma chaise, la peur et la colère me tordant le ventre. « Tu ne peux pas faire ça ! Elle a besoin de ça pour vivre ! » Mais dans ses yeux, je n’ai vu ni compassion, ni amour, seulement une détermination glaciale qui m’a glacé le sang.
Camille, sept ans, si fragile dans ce lit d’hôpital, luttait contre une maladie rare. Depuis des semaines, je dormais sur une chaise, veillant sur elle, priant pour un miracle. Mon mari, Antoine, avait perdu son emploi à l’usine de Villeurbanne, et nos économies s’étaient envolées dans les traitements. Ma mère, elle, était venue « nous aider », disait-elle. Mais je savais qu’elle n’était pas là par amour. Depuis la mort de mon père, elle n’avait jamais cessé de parler d’argent, de dettes, de l’appartement à vendre à Croix-Rousse.
Ce jour-là, tout a basculé. Ma mère a arraché le masque de Camille, la laissant suffoquer. J’ai hurlé, j’ai frappé la sonnette d’alarme, les infirmières sont arrivées en courant. Camille a été sauvée de justesse, mais quelque chose s’est brisé en moi. Comment une mère pouvait-elle faire ça à sa propre petite-fille ? Les médecins ont parlé de « délire passager », de « choc émotionnel », mais je savais que c’était autre chose. Ma mère n’a pas versé une larme. Elle a simplement dit, d’une voix sèche : « C’est mieux comme ça. Tu ne peux pas t’occuper d’elle. Tu n’as pas d’argent. »
Je n’ai pas dormi cette nuit-là. Je suis restée assise à côté de Camille, la tenant contre moi, écoutant sa respiration fragile. Antoine est arrivé à l’aube, les yeux rouges, et je lui ai tout raconté. Il a voulu appeler la police, mais j’ai refusé. « C’est ma mère, Antoine. Je dois comprendre pourquoi. »
Les jours suivants, j’ai fouillé dans les affaires de ma mère. J’ai trouvé des lettres, des relevés bancaires, des documents cachés dans son sac. J’ai découvert qu’elle avait contracté des dettes énormes auprès d’un usurier du quartier de la Guillotière. Elle avait hypothéqué l’appartement familial sans me le dire. Tout ce qu’elle voulait, c’était vendre l’appartement, toucher l’argent, et fuir ses créanciers. Camille, malade, était un obstacle à ses plans. Si elle mourait, tout serait plus simple pour elle.
J’ai confronté ma mère dans la cuisine de l’hôpital, alors que Camille dormait. « Tu voulais qu’elle meure pour vendre l’appartement, c’est ça ? » Elle a baissé les yeux, incapable de soutenir mon regard. « Je n’avais pas le choix, Lucie. Ils vont me tuer si je ne paie pas. » J’ai senti la colère monter, mais aussi une immense tristesse. Ma propre mère, poussée à la folie par l’argent, était prête à sacrifier sa petite-fille.
Les semaines ont passé. Camille s’est remise, lentement. Antoine a trouvé un petit boulot dans une boulangerie. J’ai contacté une assistante sociale, qui nous a aidés à obtenir une aide d’urgence. Mais la blessure était là, béante. Ma mère a disparu, sans un mot. J’ai appris plus tard qu’elle avait vendu l’appartement en cachette et était partie à Marseille. Je n’ai plus eu de nouvelles.
Un soir, alors que je bordais Camille, elle m’a demandé : « Pourquoi mamie est méchante ? » Je n’ai pas su quoi répondre. Comment expliquer à une enfant que l’amour peut être dévoré par la peur et la misère ? J’ai pleuré, silencieusement, en caressant ses cheveux.
Aujourd’hui, Camille va mieux. Elle joue, elle rit, même si parfois elle se réveille en pleurant, hantée par des cauchemars. Antoine et moi essayons de reconstruire notre vie, mais l’ombre de ma mère plane toujours. Parfois, je me demande si je pourrais lui pardonner un jour. Peut-on vraiment pardonner l’impardonnable ? Ou bien certaines blessures ne guérissent-elles jamais ?
Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ? Peut-on aimer encore quelqu’un qui a tenté de détruire ce qu’on a de plus précieux ?