« Ma belle-mère fait semblant d’être malade – Jusqu’où dois-je supporter ? » – Le drame d’une belle-fille française derrière les portes closes
« Tu pourrais au moins lui apporter son thé, non ? Elle ne va pas bien, tu le vois bien ! »
La voix de Paul résonne dans la cuisine, tranchante, pleine de reproches. Je serre la tasse brûlante entre mes mains, les jointures blanches. Monique, sa mère, est allongée sur le canapé du salon, une couverture jusqu’au menton, les yeux mi-clos. Depuis trois mois qu’elle a emménagé chez nous, chaque jour ressemble à une épreuve.
Au début, j’ai cru que ce serait temporaire. Monique venait de perdre son mari, et Paul voulait l’aider à traverser cette période difficile. J’ai accepté sans broncher. Mais très vite, les choses ont changé. Elle s’est installée dans notre quotidien comme une ombre, omniprésente, exigeante. « Je ne peux pas marcher aujourd’hui », « J’ai mal partout », « Je crois que je fais une crise cardiaque »… Les plaintes se sont multipliées, toujours plus dramatiques.
Un soir, alors que je débarrassais la table, j’ai surpris Monique debout dans la cuisine, fouillant dans le placard à biscuits. À peine m’a-t-elle vue qu’elle s’est effondrée sur une chaise, gémissant : « Je crois que je vais tomber dans les pommes… » J’ai voulu en parler à Paul. Il m’a regardée comme si j’étais folle :
— Tu insinues que ma mère ment ? Tu te rends compte de ce que tu dis ?
J’ai senti un gouffre s’ouvrir sous mes pieds. Depuis ce jour-là, j’ai appris à me taire. Mais chaque soir, je m’effondre en larmes dans la salle de bains, étouffant mes sanglots pour ne pas réveiller Paul ou Monique.
Les semaines passent et la tension monte. Monique ne fait plus rien seule : elle exige que je l’aide à s’habiller, à se laver, à manger. Pourtant, dès que Paul rentre du travail, elle se redresse miraculeusement et retrouve des forces pour discuter avec lui ou regarder la télévision. Je me sens prise au piège dans ma propre maison.
Un samedi matin, alors que je prépare le petit-déjeuner, Monique se met à crier :
— Amandine ! Viens vite ! Je ne sens plus mes jambes !
Je lâche tout et accours. Elle me regarde avec un sourire en coin :
— Tu vois, quand tu veux…
Je reste figée. Est-ce un jeu pour elle ? Un moyen d’attirer l’attention de son fils ?
Je commence à douter de moi-même. Peut-être suis-je trop dure ? Peut-être qu’elle souffre vraiment ? Mais chaque fois que je tente d’en parler à Paul, il me coupe :
— Tu n’as jamais aimé ma mère. Tu exagères tout.
Je me sens seule contre tous. Mes amies ne comprennent pas : « Mais pourquoi tu ne mets pas les choses au clair avec Paul ? » Comme si c’était si simple…
Un soir d’automne, alors que la pluie tambourine contre les vitres, Monique fait une « crise ». Elle hurle qu’elle ne peut plus respirer. Paul panique et appelle le SAMU. Les médecins arrivent, l’auscultent… et concluent qu’il n’y a rien d’anormal.
Après leur départ, Paul est blême. Je tente une dernière fois :
— Tu vois bien qu’elle va bien…
Il explose :
— Tu veux qu’elle meure pour avoir la paix ?
Je recule, blessée par ses mots. Cette nuit-là, je dors sur le canapé du bureau.
Les jours suivants sont un enfer silencieux. Monique jubile dans son rôle de victime ; Paul m’évite du regard. Je me surprends à rêver de partir loin, de tout quitter. Mais il y a notre fille, Camille, six ans, qui ne comprend pas pourquoi maman pleure tout le temps.
Un matin, Camille me demande :
— Maman, pourquoi mamie fait semblant d’être malade ?
Je reste sans voix. Même elle a compris…
Je décide alors de consulter un psychologue. Il met des mots sur ce que je vis : manipulation, chantage affectif, syndrome de Münchhausen par procuration… Il me conseille de poser des limites.
Le soir même, j’annonce à Paul :
— Je ne peux plus continuer comme ça. Soit on trouve une solution pour ta mère – une aide extérieure, une maison médicalisée – soit je pars avec Camille.
Paul me regarde longtemps sans rien dire. Pour la première fois depuis des mois, il semble voir ma détresse.
Quelques semaines plus tard, Monique part en maison de repos. La maison retrouve son calme mais mon couple est brisé. Paul et moi sommes deux étrangers qui se croisent dans le couloir.
Parfois je me demande : comment en sommes-nous arrivés là ? Jusqu’où peut-on aller par amour ou par culpabilité familiale ? Et vous… auriez-vous supporté aussi longtemps ?