Comment nous avons déjoué ma belle-mère et sauvé le mariage de ma belle-sœur
« Tu ne comprends donc pas ? Jamais je ne laisserai Camille épouser ce garçon ! » La voix de ma belle-mère, Madame Dubois, résonnait dans le couloir sombre, filtrant à travers la porte entrouverte du salon. Je m’étais arrêtée net, mon cœur battant à tout rompre. C’était la veille du mariage de Camille, ma belle-sœur adorée, et je venais de surprendre un complot qui risquait de tout faire basculer.
Je me suis accroupie derrière la porte, retenant mon souffle. « Non, non, écoute-moi bien, Hélène. Il n’est pas digne d’elle. Sa famille ? Des gens sans éducation ! Je vais trouver un moyen… »
Je n’ai pas pu en entendre plus. Je me suis relevée, tremblante, et j’ai couru dans la chambre de Camille. Elle était assise sur le lit, entourée de rubans et de fleurs blanches, les yeux brillants d’excitation. En me voyant si pâle, elle a posé sa couronne de gypsophile et m’a demandé :
— Qu’est-ce qui se passe, Élodie ?
J’ai hésité une seconde. Devais-je lui dire ? Mais je savais que Camille était forte. Elle avait déjà tant souffert des jugements de sa mère : son choix d’épouser Thomas, un instituteur venu d’Auvergne, avait été accueilli avec froideur et sarcasmes. Madame Dubois rêvait d’un gendre avocat ou médecin, pas d’un « petit provincial ».
— Camille… ta mère veut empêcher ton mariage. Elle est en train de manigancer quelque chose au téléphone.
Le visage de Camille s’est figé. Un silence lourd s’est installé. Puis elle a murmuré :
— Je m’en doutais… Elle ne supporte pas que je sois heureuse à ma façon.
Nous sommes restées là, assises côte à côte, à chercher une solution. Le lendemain, la mairie du 14e arrondissement devait accueillir la cérémonie. Toute la famille serait là : les tantes bavardes, les cousins curieux, et surtout Madame Dubois, toujours impeccable dans ses tailleurs Chanel.
— Il faut qu’on soit plus malignes qu’elle, ai-je dit en serrant la main de Camille.
La nuit a été courte. J’ai entendu des bruits de pas dans le couloir, des chuchotements étouffés. Au petit matin, j’ai surpris Madame Dubois en train de fouiller dans les papiers de Camille.
— Vous cherchez quelque chose ? ai-je demandé d’une voix faussement innocente.
Elle m’a lancé un regard glacial.
— Je vérifie que tout est en ordre pour le grand jour.
Mais je savais qu’elle mentait. J’ai envoyé un message à Thomas : « Sois vigilant aujourd’hui. »
À la mairie, l’ambiance était tendue. Madame Dubois discutait à voix basse avec le maire adjoint, un vieil ami de la famille. Je l’ai vue glisser un dossier dans sa main. Mon cœur s’est serré : tentait-elle d’empêcher la cérémonie ?
Camille est arrivée au bras de son père, radieuse malgré tout. Mais au moment où le maire a commencé à lire l’acte de mariage, le maire adjoint s’est levé :
— Excusez-moi, il y a un problème avec un document…
Le regard de Madame Dubois brillait d’un éclat triomphant. Mais Camille n’a pas flanché.
— Quel document ? Tout est en règle !
J’ai bondi vers le bureau et j’ai sorti une copie des papiers que j’avais pris soin de scanner la veille.
— Voici tous les justificatifs nécessaires. Nous avons tout vérifié avec la mairie hier soir.
Le maire adjoint a feuilleté les documents, embarrassé. Madame Dubois a blêmi.
— Il n’y a donc aucun obstacle au mariage ? a demandé Thomas d’une voix ferme.
Le maire a hoché la tête :
— Non, tout est en ordre.
Un soupir collectif a parcouru l’assemblée. Camille m’a lancé un regard reconnaissant.
Après la cérémonie, alors que tout le monde se pressait autour des mariés pour les féliciter, Madame Dubois s’est approchée de moi.
— Tu crois avoir gagné ? Ce n’est pas fini…
J’ai senti une colère froide monter en moi.
— Madame Dubois, ce n’est pas une question de gagner ou perdre. C’est une question d’aimer sa fille telle qu’elle est.
Elle m’a toisé longuement avant de tourner les talons.
La fête s’est poursuivie dans une salle des fêtes du quartier. Les rires et la musique ont peu à peu effacé la tension du matin. Mais je voyais bien que Camille gardait une ombre dans son regard.
Plus tard dans la soirée, elle m’a prise à part sur la terrasse.
— Merci, Élodie… Sans toi, je n’aurais jamais tenu bon face à elle.
Je l’ai serrée dans mes bras.
— On est plus fortes ensemble. Et tu mérites d’être heureuse.
Un silence doux s’est installé entre nous alors que Paris scintillait sous nos yeux.
Aujourd’hui encore, je repense à ce jour où nous avons dû lutter contre les préjugés familiaux pour défendre le droit au bonheur. Pourquoi est-ce si difficile d’accepter le choix des autres ? Combien de familles se brisent à cause des attentes et des rancœurs ? Peut-être qu’en parlant ensemble, on pourrait enfin apprendre à s’écouter…