« Ma belle-mère me traite comme une domestique » – Mon combat pour le respect dans une maison devenue prison
« Tu n’as pas encore fini de nettoyer la cuisine ? » La voix sèche de ma belle-mère, Françoise, résonne dans la pièce, tranchant le silence du petit matin. Je sursaute, l’éponge à la main, les yeux encore embués de fatigue. Cela fait à peine deux semaines que j’ai épousé Julien, et déjà, je me sens étrangère dans cette maison qui aurait dû être mon refuge. Je baisse la tête, murmurant un « Oui, madame » qui me brûle la gorge. Je n’ai jamais appelé ma propre mère autrement que « maman », mais ici, je n’ai pas le droit à la familiarité. Ici, je suis la pièce rapportée, la petite provinciale de Limoges venue s’installer à Lyon, dans la maison familiale de mon mari.
Le soir de notre mariage, tout semblait parfait. Julien m’avait promis que sa famille m’accueillerait à bras ouverts, que sa mère était « un peu stricte, mais adorable ». Mais dès le lendemain, j’ai compris que j’étais de trop. Françoise a commencé par des remarques anodines : « Chez nous, on fait comme ça », « Tu ne sais pas plier les serviettes ? » Puis, peu à peu, elle m’a assigné toutes les tâches ménagères. « Tu es jeune, tu as de l’énergie », disait-elle en me tendant la liste des courses. Julien, lui, restait silencieux, le regard fuyant. Quand je lui en parlais, il haussait les épaules : « Tu sais, maman est comme ça avec tout le monde. » Mais je voyais bien que ce n’était pas vrai. Sa sœur, Camille, ne levait pas le petit doigt. Son frère, Antoine, passait ses journées devant la console. Moi seule étais sommée de servir, de sourire, de me taire.
Un soir, alors que je préparais le dîner, j’ai laissé tomber une assiette. Elle s’est brisée en mille morceaux sur le carrelage. Françoise a accouru, furieuse : « Tu ne fais attention à rien ! Tu crois que la vaisselle pousse sur les arbres ? » J’ai senti les larmes monter, mais je me suis retenue. Je ne voulais pas lui donner ce plaisir. Julien est arrivé, attiré par le bruit. « Ce n’est pas grave, maman, c’est juste une assiette », a-t-il dit d’une voix lasse. Mais elle s’est tournée vers lui, les bras croisés : « Si ta femme ne sait pas tenir une maison, il fallait y penser avant de l’épouser. » Il n’a rien répondu. J’ai ramassé les morceaux en silence, le cœur en miettes.
Les jours ont passé, tous semblables. Je me levais avant tout le monde pour préparer le petit-déjeuner, je faisais les courses, le ménage, la lessive. Françoise surveillait tout, trouvant toujours à redire. « Tu n’as pas bien repassé la chemise de Julien », « Tu as oublié d’acheter du pain », « Tu ne sais pas cuisiner le gratin dauphinois comme il faut ». Parfois, elle me lançait un regard méprisant, comme si j’étais invisible. J’ai essayé d’en parler à Julien, de lui expliquer que je me sentais humiliée, rabaissée. Mais il me répondait toujours la même chose : « Elle finira par t’accepter, sois patiente. »
Un dimanche, alors que toute la famille était réunie autour de la table, Françoise a lancé, devant tout le monde : « Heureusement que tu es là, Lucie, sinon la maison tomberait en ruine ! » Tout le monde a ri. J’ai senti mes joues brûler de honte. Camille a ajouté, moqueuse : « Tu devrais lui donner un tablier, maman, elle ferait une parfaite bonne ! » J’ai regardé Julien, espérant un mot, un geste. Mais il a baissé les yeux, mal à l’aise. Ce soir-là, j’ai pleuré dans la salle de bains, étouffant mes sanglots pour ne pas réveiller la maison.
J’ai commencé à me demander si c’était ça, la vie que j’avais choisie. J’avais quitté mon travail, mes amis, ma famille pour suivre Julien à Lyon, pensant que l’amour suffirait. Mais chaque jour, je me sentais un peu plus prisonnière. Je n’osais pas sortir, de peur de laisser la maison « en désordre ». Je n’avais plus de vie à moi. Un matin, alors que je passais l’aspirateur, j’ai surpris une conversation entre Françoise et une voisine. « Elle n’est pas très dégourdie, ta belle-fille », disait la voisine. « Oh, elle apprend, mais il faut tout lui montrer », a répondu Françoise, condescendante. J’ai eu envie de hurler, de tout casser. Mais je me suis contentée de continuer à passer l’aspirateur, les larmes coulant sur mes joues.
Un soir, j’ai appelé ma mère à Limoges. Je n’ai pas pu retenir mes sanglots. « Maman, je n’en peux plus. Ici, je ne suis rien. » Elle a essayé de me rassurer, de me dire que ça passerait, que je devais m’imposer. Mais comment s’imposer quand on n’a aucun allié ? Même Julien, que j’aimais tant, semblait s’éloigner. Il rentrait de plus en plus tard, prétextant le travail. Je me suis sentie abandonnée, trahie.
Un jour, j’ai décidé de parler à Françoise. J’ai pris mon courage à deux mains. « Madame, j’aimerais qu’on parle. Je ne suis pas ici pour être votre domestique. J’aimerais être traitée avec respect. » Elle m’a regardée, surprise, puis a éclaté de rire. « Ma pauvre fille, ici, c’est moi qui décide. Si tu n’es pas contente, la porte est ouverte. » J’ai senti la colère monter en moi. Pour la première fois, j’ai tenu tête : « Très bien. Peut-être qu’un jour, vous regretterez de m’avoir traitée ainsi. »
Ce soir-là, j’ai fait ma valise. Julien est rentré, m’a trouvée dans la chambre, les yeux rouges. « Tu fais quoi ? » J’ai répondu, la voix tremblante : « Je pars. Je ne peux plus vivre comme ça. » Il a tenté de me retenir, mais je n’ai pas cédé. « Si tu m’aimais vraiment, tu m’aurais défendue. » Il n’a rien dit. J’ai quitté la maison, le cœur lourd, mais étrangement soulagée.
Aujourd’hui, je vis seule, dans un petit studio à Villeurbanne. J’ai retrouvé un travail, des amis. Parfois, la solitude me pèse, mais je me sens libre. Je repense à ces mois passés dans cette maison, à cette prison dorée. Je me demande combien de femmes vivent la même chose, enfermées dans le silence, la peur, la honte. Pourquoi, en 2024, tant de belles-mères pensent-elles encore qu’une bru doit se soumettre ? Pourquoi tant de maris restent-ils silencieux ?
Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ? Est-ce que le respect se mérite, ou doit-il être donné d’emblée ?