Sans berceau, sans couches : Retour à la maison qui m’a brisé le cœur

« Tu plaisantes, c’est une blague ? » Ma voix tremble alors que je pousse la porte de notre appartement, la petite Louise endormie dans son cosy contre ma poitrine. Je m’attendais à des ballons, un berceau, peut-être même une guirlande « Bienvenue à la maison ». Mais il n’y a rien. Pas de lit, pas de couches, pas même un paquet de lingettes. Le silence me gifle plus fort que n’importe quelle parole. Je me tourne vers Julien, mon compagnon, qui me suit d’un pas traînant, les yeux rivés sur son téléphone. « Tu n’as rien préparé ? »

Il hausse les épaules, l’air gêné. « Je n’ai pas eu le temps, tu sais bien que j’ai eu beaucoup de boulot cette semaine… »

Je sens la colère monter, brûlante, acide. « Tu n’as pas eu le temps ?! J’ai passé trois jours à l’hôpital, seule, à accoucher de notre fille, et toi, tu n’as pas eu le temps d’acheter un berceau ? »

Louise se met à pleurer, comme si elle sentait ma détresse. Je la serre contre moi, les larmes me brouillent la vue. Je m’assois sur le canapé, épuisée, vidée. Je repense à ma mère, à qui j’ai refusé de venir m’aider, persuadée que Julien et moi étions prêts à affronter cette nouvelle vie. Quelle naïveté. Je me sens trahie, abandonnée, comme si la maternité m’avait propulsée dans un désert où l’amour ne suffit plus à survivre.

Julien tente de se justifier, mais ses mots glissent sur moi comme la pluie sur une vitre. « Je vais aller acheter ce qu’il faut, promis. » Mais il ne bouge pas. Il reste là, debout, mal à l’aise, incapable de comprendre l’ampleur de ma douleur. Je me sens invisible, comme si mes besoins, mes peurs, n’avaient aucune importance.

La nuit tombe. Louise pleure, affamée. Je fouille dans les sacs de la maternité, à la recherche d’un biberon, d’une couche. Je trouve une couche de secours, minuscule, et je la change sur le canapé, les mains tremblantes. Je me sens indigne, incapable de donner à ma fille ce qu’elle mérite. Je pense à toutes ces femmes, en France, qui vivent la même solitude, le même sentiment d’abandon. Est-ce que l’amour d’une mère suffit à combler l’absence de soutien ?

Le lendemain, ma mère débarque sans prévenir. Elle voit mon visage ravagé, le désordre, l’absence de tout. Elle ne dit rien, mais son regard en dit long. Elle prend Louise dans ses bras, me serre contre elle. « Tu n’es pas seule, ma chérie. » Je fonds en larmes, incapable de retenir tout ce que j’ai gardé en moi depuis des semaines. Julien, lui, s’est enfermé dans la chambre, prétextant un appel professionnel. Je sens la colère de ma mère, mais elle se retient, pour moi, pour Louise.

Les jours passent, rythmés par les pleurs de Louise, les visites de ma mère, l’absence de Julien. Il rentre tard, repart tôt, évite mon regard. Un soir, je craque. « Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu ne veux pas être là pour nous ? »

Il soupire, s’assoit en face de moi. « Je ne sais pas comment faire. J’ai peur de tout rater, de ne pas être à la hauteur. »

Je le regarde, désemparée. « Tu crois que moi, je n’ai pas peur ? Mais j’essaie, au moins. J’ai besoin de toi, Julien. Louise a besoin de toi. »

Il baisse la tête, honteux. Mais rien ne change. Les jours suivants, il s’éloigne encore plus. Je me surprends à rêver d’une autre vie, d’un autre homme, d’un autre départ. Mais je reste, pour Louise, pour cette famille que j’ai tant désirée.

Un matin, alors que je donne le sein à Louise, ma mère me regarde, les yeux pleins de tendresse. « Tu es forte, Camille. Mais tu n’as pas à tout porter seule. »

Je réalise alors que j’ai le droit de demander de l’aide, de crier ma détresse, de refuser cette solitude imposée. Je décide d’appeler une sage-femme, de rejoindre un groupe de jeunes mamans du quartier. Petit à petit, je reprends goût à la vie, je me sens moins seule. Julien, lui, reste en retrait, prisonnier de ses peurs, de ses silences. Je ne sais pas si notre couple survivra à cette épreuve, mais je sais que je ne laisserai plus jamais personne me faire sentir invisible.

Aujourd’hui, Louise a trois mois. Elle sourit, elle gazouille, elle me donne la force de continuer. Parfois, la nuit, je me demande combien de femmes, en France, rentrent chez elles avec un bébé et trouvent le vide, l’absence, la solitude. Est-ce que l’amour suffit vraiment à tout surmonter ? Ou faut-il, un jour, apprendre à s’aimer soi-même pour ne plus jamais dépendre du regard ou du soutien des autres ? Qu’en pensez-vous ?