L’été qui a brisé ma famille : La vérité sur des vacances avec ma belle-mère à La Baule
— Camille, tu pourrais au moins faire un effort pour sourire, non ? On dirait que tu portes tout le malheur du monde sur tes épaules !
La voix d’Odile résonne dans la cuisine de la maison de location, tranchante comme une lame. Je serre la mâchoire, les mains tremblantes sur la cafetière. Il est à peine neuf heures du matin et déjà, je sens la tension m’étouffer. Julien, mon mari, lit son journal sur la terrasse, feignant de ne rien entendre.
Je me retourne lentement vers ma belle-mère. Elle me fixe avec ce regard froid, presque méprisant, qu’elle réserve aux gens qu’elle considère comme inférieurs. Depuis le début de ces vacances à La Baule, je sens qu’elle me jauge, qu’elle attend le moindre faux pas pour me le reprocher.
— Je fais de mon mieux, Odile. Je suis juste un peu fatiguée, c’est tout.
Elle lève les yeux au ciel et soupire bruyamment.
— Fatiguée ? Mais tu n’as rien fait hier ! C’est moi qui ai préparé le dîner pendant que tu traînais sur la plage avec les enfants.
Je ravale mes larmes. Je sais que si je réponds, elle trouvera un moyen de retourner la situation contre moi. Je sors sur la terrasse, espérant trouver du réconfort auprès de Julien.
— Tu pourrais au moins lui dire d’arrêter…
Il ne lève même pas les yeux de son journal.
— Camille, c’est juste sa façon d’être. Elle veut que tout soit parfait pour ces vacances. Fais un effort, s’il te plaît.
Un effort. Toujours moi qui dois faire un effort. Jamais Odile. Jamais Julien. Je me sens seule au milieu de ma propre famille.
Les jours passent et la situation empire. Odile critique tout : ma façon de m’occuper des enfants, mes choix alimentaires, même mes vêtements. Elle s’immisce dans chaque conversation, donne son avis sur tout, sans jamais se remettre en question.
Un soir, alors que je couche Louise et Arthur, mes deux enfants, j’entends des éclats de voix dans le salon.
— Elle n’est pas faite pour toi, Julien ! Tu méritais mieux qu’une femme aussi froide et distante !
Je reste figée sur le palier. Mon cœur bat à tout rompre. J’entends Julien répondre, sa voix basse et lasse :
— Maman, arrête… Ce sont nos vacances. Laisse-la tranquille.
— Mais tu ne vois donc pas qu’elle te tire vers le bas ? Depuis qu’elle est là, tu n’es plus le même !
Je sens les larmes couler sur mes joues. Je retourne dans la chambre des enfants et m’effondre en silence.
Le lendemain matin, je décide de sortir seule marcher sur la plage. J’ai besoin de respirer, de réfléchir. Le vent salé me fouette le visage et je sens une colère sourde monter en moi. Pourquoi dois-je toujours me justifier ? Pourquoi Julien ne me défend-il pas ?
En rentrant à la maison, je trouve Odile dans la cuisine, en train de préparer le déjeuner.
— Tu étais où ? Les enfants avaient faim !
Je prends une profonde inspiration.
— Odile, ce ne sont pas tes enfants. C’est à moi de décider comment je les élève.
Elle me regarde avec un mélange de surprise et de mépris.
— Ah ! Enfin un peu de caractère ! Mais il est trop tard pour jouer à la mère parfaite.
Julien entre à ce moment-là. Il sent la tension et soupire.
— Qu’est-ce qui se passe encore ?
Odile s’empresse de répondre :
— Ta femme me manque de respect !
Je le regarde droit dans les yeux.
— Julien, il faut que tu choisisses. Soit tu me soutiens, soit tu continues à laisser ta mère me détruire.
Il détourne le regard. Je comprends alors que je suis seule dans ce combat.
Les jours suivants sont un enfer. Odile redouble d’efforts pour me rabaisser devant les enfants, devant les voisins même. Un soir, après une dispute particulièrement violente où elle m’accuse d’être une mauvaise mère et une mauvaise épouse, je claque la porte et pars marcher sous la pluie battante.
Je m’assois sur un banc face à l’océan déchaîné. Les vagues hurlent leur colère comme moi j’aimerais hurler la mienne. Je pense à mes parents à Lyon, à leur soutien discret mais constant. Je pense à mes enfants qui me regardent avec inquiétude depuis quelques jours. Et je pense à Julien… À l’homme que j’ai aimé et qui aujourd’hui me laisse sombrer sans réagir.
Quand je rentre trempée jusqu’aux os, Odile m’attend dans l’entrée.
— Tu comptes continuer longtemps ton petit numéro de victime ?
Je passe devant elle sans répondre et monte me coucher auprès des enfants. Cette nuit-là, je prends une décision : demain matin, je partirai avec Louise et Arthur. Je rentrerai à Lyon. Je ne peux plus supporter cette violence insidieuse.
Au petit matin, je prépare les valises en silence. Julien entre dans la chambre.
— Tu fais quoi ?
— Je pars. Je ne peux plus vivre comme ça.
Il reste là, immobile, incapable de choisir entre sa mère et moi.
Sur le quai de la gare de La Baule-Escoublac, alors que le train s’ébranle vers Lyon, je regarde mes enfants endormis contre moi et je sens un mélange de tristesse et de soulagement m’envahir. J’ai perdu une famille mais j’ai retrouvé ma dignité.
Aujourd’hui encore, je me demande : pourquoi tant d’hommes préfèrent-ils le silence à l’amour ? Est-ce vraiment cela, la famille en France ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?