Ils ont transformé notre refuge en auberge familiale : comment j’ai dû choisir entre la paix des miens et ma propre santé mentale
« Tu peux relancer une machine ? Et il n’y a plus de serviettes propres dans la salle de bain ! » La voix de ma belle-sœur, Élodie, a traversé le couloir comme un ordre lancé à une employée. J’étais debout devant l’évier, les mains plongées dans une eau tiède devenue grasse à force de rincer des assiettes, des verres, des bols de petit-déjeuner et des plats de poisson. Derrière moi, la baie vitrée était ouverte sur la mer, sur ce bleu immense que j’avais tant désiré, et pourtant je n’entendais plus ni les mouettes ni les vagues. Je n’entendais que le bourdonnement du lave-vaisselle, les pas mouillés sur le carrelage et cette phrase qui m’a traversée comme une gifle : « On est quand même chez la famille. » Ce jour-là, j’ai regardé mes mains rougies par le produit vaisselle, j’ai senti mon cœur cogner dans ma poitrine, et j’ai compris que si je ne disais rien, j’allais finir par me détester moi-même autant que cet appartement que j’avais pourtant aimé de tout mon être.